Minois

25juin09

Elle a le genre de visage pour lequel on a inventé le mot “minois”.

L’air d’un gros petit Frank Sinatra, une veste à carreaux marron et le sourire vissé aux pommettes.

Une gamine

24jan09

Des petits seins carrés, avec les tétons dans les coins.

Elle est laide, le visage grêlé, pas de lèvres, le cheveu triste, un manteau noir pas net sur une jupe rose boulochée, au plissé soleil catastrophé, des collants gris fils tirés, maigrichonne.
Elle est en train de lui dire d’un air sérieux, avec le visage d’une militante qui explique pourquoi on ne doit pas faire ci et ça, “tu comprends, les gens se déclarent par ce qu’ils font et non par ce qu’ils ne font pas” ; elle a l’air si sérieuse, si raisonnable.

L’autre lui parle, lui dit quelque chose mais je ne l’entends pas. Et tout à coup je sais qu’elle va pleurer, et ça ne manque pas, elle pleure –comment l’ai-je su ? Un mouvement des lèvres, une ombre sur le visage. Son visage immobile a rosi et j’ai su qu’elle allait pleurer. (Bien souvent, par la suite…).

De grosses larmes de môme, ses lèvres se rentrent encore, tremblent, et les yeux, ces yeux que je ne peux pas supporter, obliques, tombants, suppliants, loin, rouges.

Elle a sorti un mouchoir en papier, se mouche (j’avais écrit “se moche”), s’essuie les joues. Elle se mord un doigt (“se mordre les doigts”, on dit vrai) en tenant son mouchoir en papier serré dans sa main, et des larmes coulent.

Lui essaye de la consoler avec des mots que je n’entends pas. Il lui prend le mouchoir des mains et lui tamponne les yeux, il se lève à moitié de son siège pour l’embrasser, j’ai son derrière à hauteur des yeux, il se rassieds et parle encore.

[Je suis arrivé à ma station]

[Pensé à Brel et à "Orly"]

Les oiseaux

24jan09

D’une amie citadine, première nuit à la campagne, qui arrive au petit déjeuner avec les yeux cernés:

“J’ai été réveillée par les oiseaux qui hurlaient!”

Manchotte

24jan09

Quand le garçon découvre l’amputation, et qu’il entend l’accent (peut-être suisse), il ralentit brusquement et devient très doux, tout en contraste avec son activité précédente, sa façon de prendre les commandes en passant, sans s’arrêter.

Son visage à elle est tout en lignes tendues, le front droit et froncé (par la concentration? par un effort?), très blonde, la bouche sérieuse.

On voit beaucoup le mouvement de son bras droit amputé au-dessus du poignet, le peu naturel de l’absence de main qui bloque le côté du sac à dos pour le tenir droit, ouvert, fouiller de “l’autre” main et sortir le portefeuille; de même cette absence de main pour ouvrir le portefeuille, tirer la fermeture éclair, sortir la monnaie (ce qui s’appelle en anglais “a stump”,  appuyé sur le soufflet pour empêcher le portefeuille de glisser sur la table).

Sensation forte de faire les mouvements qu’elle fait, en même temps qu’elle ; mouvement mental de tendre la main pour l’aider.

Comme souvent, vague imagination instantanée de ce que ça serait de vivre avec elle.

Au café qui fait l’angle de la rue Bonaparte, en face de la Galerie Bréheret. Les tables en formica, les pieds en fer blanc ou quelque chose.

( PM travaillait là ; son obstination à ne pas “se compromettre” en commentant les ‘oeuvres’ qu’il vendait. Un couple de clients montrant un truc bleu et rouge au mur “c’est joli, hein?” ; Et lui “c’est une gouache” sans sourire.)

1975?