Manchotte
24jan09
Quand le garçon découvre l’amputation, et qu’il entend l’accent (peut-être suisse), il ralentit brusquement et devient très doux, tout en contraste avec son activité précédente, sa façon de prendre les commandes en passant, sans s’arrêter.
Son visage à elle est tout en lignes tendues, le front droit et froncé (par la concentration? par un effort?), très blonde, la bouche sérieuse.
On voit beaucoup le mouvement de son bras droit amputé au-dessus du poignet, le peu naturel de l’absence de main qui bloque le côté du sac à dos pour le tenir droit, ouvert, fouiller de “l’autre” main et sortir le portefeuille; de même cette absence de main pour ouvrir le portefeuille, tirer la fermeture éclair, sortir la monnaie (ce qui s’appelle en anglais “a stump”, appuyé sur le soufflet pour empêcher le portefeuille de glisser sur la table).
Sensation forte de faire les mouvements qu’elle fait, en même temps qu’elle ; mouvement mental de tendre la main pour l’aider.
Comme souvent, vague imagination instantanée de ce que ça serait de vivre avec elle.
Au café qui fait l’angle de la rue Bonaparte, en face de la Galerie Bréheret. Les tables en formica, les pieds en fer blanc ou quelque chose.
( PM travaillait là ; son obstination à ne pas “se compromettre” en commentant les ‘oeuvres’ qu’il vendait. Un couple de clients montrant un truc bleu et rouge au mur “c’est joli, hein?” ; Et lui “c’est une gouache” sans sourire.)
1975?